Les lectures de Sole

Recueil de notes sur mes rencontres littéraires, un roman, un essai, peu importe, seul compte le plaisir des moments partagés avec ces mondes merveilleux et troubles.

28 juillet 2007

Louise Erdrich, La chorale des maîtres bouchers

erdrichEn 1918, Fidelis Waldvogel, jeune allemand revenu sain et sauf de la guerre, s’embarque pour les Etats-Unis. Il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord, où sa femme et leur petit garçon le rejoignent. La vie s’organise autour de ses deux passions : il ouvre une boucherie et monte une chorale. Ce monde qu’il se crée, avec son épouse Eva, croise bientôt celui de Delphine et Cyprian, couple improbable et lui aussi émigré, et s’en trouve transformé. Ainsi commence l'extraordinaire destin d'une famille germano-américaine, des années vingt aux années cinquante, entre Europe et Amérique.

Les personnages de ce roman sont superbes, c’est avant tout une histoire humaine sensible, peuplée d’être pleins de questionnements et d’incertitudes, dont le cheminement va rarement en ligne droite. Le personnage d’Eva  est discrètement lumineux, dans sa relation à Delphine elle m’a émue. Cette dernière, axe de tout le roman, m’a beaucoup plu par sa volonté d’échapper à l’étroitesse s’esprit qui caractérise souvent les villages repliés sur eux-mêmes.

Il y a dans ce roman beaucoup de poésie, tapie dans la rude tendresse des personnages, cachée dans leur rugueuse gentillesse.

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17 juillet 2007

Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d'hiver

jc_mourlevatNous sommes sans un pays non identifié, le nôtre, celui d'à côté, peu importe. La Phalange le dirige d'une main de fer. Un régime autoritaire contre lequel personne ne se lève plus. Ceux qui s'y sont sont essayés sont morts. Leurs enfants croupissent aux quatre coins du pays dans des internats-prisons. C'est par eux pourtant que le changement survient. Par Milena et Bartolomeo qui, les premiers, s'évadent. par Helen et Milos qui tenteront de les retrouver. Ces quatre adolescents forment les voix de ce romans, pures et idéalistes, plongées au coeur de ce monde de barbarie.

C'est un beau roman. Je connaissais l'auteur de nom, pour l'avoir entendu de la bouche d emes élèves, évoquant La rivière à l'envers, lu en deuxième secondaire souvent. Ici, s'il s'agit toijours d'un  roman en collection jeunesse, il vise les plus grands, au moins 14-16. Ce roman m'a bien accrochée, alors que cela faisait un petit temps qu'il attendait là sur mon armoire à lire. beaucoup de rythme dans cette histoire. Et une idée originale que ces enfants découvrant qui étaient leurs parents en reproduisant leurs gestes. Milena a la voix envoûtante de sa mère, Bartolomeo porte en lui la même force que son père, ...
Bien sûr, le roman frôle le manichéisme et pourrait lasser par son apologie incessante de la non-violence érigée en vertu, mais il le fait sans trop en rajouter, restant souvent à la lisière. L'auteur donne ainsi la sensation d'avoir voulu éviter les pièges de certains écrits pour la jeunesse. Je dis bien certains.
Et puis, c'est un bel hymne à la force populaire - dénonçant au passage la passivité de ce même peuple - et à l'enthousiasme de l'adolescence. Et ça ne fait pas de mal...

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10 juillet 2007

Paul Auster, Dans le scriptorium

J'ai, dans le temps, eu du mal avec Paul Auster, il faut dire que je m'y suis initiée avec L'invention de la solitude, c'est dire. Depuis, j'ai eu la chance de lire le Livre des Illusions qui m'a permis de vraiment aimer cet auteur fort. Plus tard, j'ai apprécié sa force, son enthousiasme et son regard positif sur la vie dans Brooklyn follies. Là je ne sais pas bien à quoi m'attendre. J'espère ne pas me retrouver dans un roman du type de La nuit de l'oracle que j'avais moins apprécié. Mais, à la lecture de la quatrième de couverture, je me rends compte que ce sera plutôt noir...

un mois plus tard: comme je le presentais, le roman m'est tombé des mains. Je n'arrive pas à trouver une porte d'entrée dans cette atmosphère sombre.
Mais je ne m'inquiète pas: je reessaierai plus tard.

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Bernhard Schlink, Le retour

retour_schlinkCela faisait des années que j’avais envie de relire Schlink. Depuis Le Liseur et les émotions nées en moi à sa lecture. La découverte aussi de cette Allemagne honteuse, de sa difficulté à se sortir de la pesanteur de son passé. Et je retrouve ici cette réflexion. Comment être allemand aujourd'hui ? se demande le héros.

Peter Debauer se souvient de ses vacances en Suisse, chez ses grands-parents paternels. Ces derniers travaillent comme correcteurs d’épreuves pour une collection de romans populaires. Un jour, Peter commence à lire un bloc d’épreuves et découvre, fasciné, l’histoire d’un prisonnier de guerre allemand en Russie qui parvient à rentrer chez lui, pour y réaliser que sa femme ne l’a pas attendu.  Persuadé d'avoir déjà lu ou entendu cette histoire, Peter mène l'enquête, tentant de comprendre sa curiosité même pour cette histoire. Mais les pistes se brouillent, se perdent. Sa mère se tait.

Adulte, il poursuit son travail de recherche, persuadé que le soldat allemand pourrait être son père. Sa quête de vérité le conduit jusqu’aux Etats-Unis, où il est persuadé d’avoir identifié ce père insaisissable.

On retrouve dans ce roman un lien fort entre le cheminement du héros et de son pays. Lentement, il tente de faire la lumière sur son passé, de comprendre les silences. De panser les manques, sans trop rouvrir les blessures sensibles. Et puis, il y a le questionnement sur le bien et le mal, la justice et la règle. Très fort moment que celui de la rencontre avec le père, marquée par le besoin d'une image paternelle absente et la répulsion lente pour cet homme réel qu'il serait. Le retour est aussi un superbe roman d'initiation à l'âge adulte, qui m'a fait penser à Magnus de Sylvie Germain, par la construction fragmentée tant de l'histoire que de la personnalité du héros.

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07 juillet 2007

Rose Berryl, Damenndyn t.1

Ce roman, dû à une jeune Montoise, met en scène une jeune héroïne, Damenndyn. Elle vit au royaume de  Lythuste, l'une des cinq îles du Grand Monde, dans un orphelinat organisé par les prêtresses de la déesse Torgani. Sa vie est paisible, rythmée par des cours d'art et de musique, des offices divins ... et des sorties interdites en forêt avec son copain Daïron.  Jusqu'au jour où la prêtresse mère lui remet un grimoire mystérieux dans lequel elle se plonge et suit les aventures de chevaliers volant au secours d'un château envahi par les ténèbres. Damenndyn, sujuguée par ces aventures, commence à se demander si celles-ci n'influent pas sur son univers, tant l'ambiance autour d'elle devient sombre et pleine de mystères.

Nous sommes donc plongé ici dans des aventures fantastiques médiévales,  organisées en histoires parallèlesimbriquées autour du grimoire: celle de Damenndyn rejoignant bizarrement la mission des chevaliers. Au départ, je suis plutôt attirée par l'ambiance, le genre et l'idée. Et puis... rien n'y fait, j'ai eu beaucoup de mal avec le style, étant souvent arrêtée par l'écriture. L'action est là, mais sans plus, il y manque tout le reste qui fait que les personnages ont de l'épaisseur, qu'on croit en eux. Il faut dire qu'il y ici une grande quantité de personnages importants, ce qui rend leur différenciation moins aisée.

A la fin, je suis sortie frustrée et ennuyée de cette lecture. Cerise sur cette impression: la dernière page  qui crée l'attente mais sans rien résoudre des mystères traversés. Un peu frustrant quand on a prévu de ne pas continuer.

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04 juillet 2007

Michèle Halberstadt, Café viennois

Je viens de finir Café Viennois que je n'ai pas vraiment aimé, je ne sais pas pourquoi précisément, mais l'écriture de Michèle Halbertstadt m'a tenue à distance constamment. Comme si elle ne voulait pas que l'on s'approche trop d'une blessure intimement liée à elle...

Clara et Frieda,la fille et  la mère, deux personnalités bien différentes mais marquées toutes deux par l'existence. Ensemble, elles partent sur les traces de l'exil maternel, redécouvrent Vienne, cette ville que Frieda n'a plus vue depuis cinquante-quatre ans. Pendant ce séjour, c'est surtout la fille qui découvre sa mère et son passé, sa mère et ses blessures toujours tues.

Dans ce roman, on accompagne deux cheminements, celui de Frieda - sa vie de jeune Viennoise insouciante détruite par la guerre, la fuite, la peur et la mort - s'imbriquant dans le difficile travail de deuil de sa fille. Cette histoire aux belles figures féminines nous mène, par une lente et sinueuse promenade, à reconnaître la force humaine et son aptitude à surmonter les pires blessures.

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