Les lectures de Sole

09 avril 2014

David Van Reybrouck, Contre les élections - Pour une démocratie participative: oui!

http://www.actes-sud.fr/sites/default/files/couv_jpg/9782330028206.jpgIl y a peu j'ai dévoré un essai.   C'est suffisament rare chez moi pour que je vous en parle. En effet, liseuse d'essai n'est pas un qualificatif qui me convienne. Dévoreuse de romans, avaleuse de fictions, oui oui, mais les essais, pfff.

Cette année avait déjà commencé bizzarement : avec la découverte de Quattrocento! de S. Greenblatt.
Un régal: comment la découverte d'un manuscrit du De Natura Rerum de Lucrèce en 1417 a changé la face du monde.  Mais bon, la Renaissance, j'adore. Et cet essai a une qualité d'écriture qui permet de le lire comme un roman. Plus facile donc que j'y trouve mon compte!

Comment expliquer que j'aie pu aimer un essai comme celui-ci?

D'abord le sujet. S'intéresser aux élections quelques mois avant notre échéance de mai, rien de plus logique. Enfin, à mes yeux. Il y a aussi la plume de l'auteur: limpide, épurée. Parlante. Portée par une structure claire, annoncée, respectée.

Et puis, la thèse. Lire cet essai sur fond de pré-campagne électorale, c'est hallucinant: vous voyez se renforcer à chaque pas l'argumentaire de l'auteur. L'auteur analyse le fossé entre la population et ses représentants, la nécessité pour ceux-ci de fonctionner à travers les médias par effets d'annonce, le retour des élus dans la rue lorsque les élections approchent. Et vous écoutez la radio ... Alors venons-y, justement, cette thèse.

Partant de l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui la démocratie parlementaire, tant en termes de légitimité que d'efficacité, David Van Reybrouck propose de redonner une place active aux citoyens dans la démocratie en partant de l'exemple historique de la société athénienne.

Sa proposition de représentation citoyenne par tirage au sort peut sembler farfelue. Mais les exemples d'expériences menées ces dix dernières années au Canada, aux Etats-Unis et dans divers pays d'Europe, dont la Belgique à travers le G1000, prouvent que ce fonctionnement est loin d'être un rêve d'idéaliste. Il s'agit là d'une proposition qui peut, au minimum, nous redonner confiance en notre système politique. Et nous sortir de l'impasse dans laquelle nous sommes englués. Dans laquelle nos politiques se noient.

A lire absolument avant les élections donc.


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25 février 2014

Hernan Rivera Letelier, Mirage d'amour avec fanfare. Baroque et poétique.

Des lectures qui m'ont ravie, emportée, surprise (suite)

 

Hernan Rivera Letelier, Mirage d'amour avec fanfare.

Un village dans le désert d'Atacama. Nous sommes au Chili. Une région minière, peuplée d'ouvriers exploités par de grosses entreprises étrangères, encouragées par l'Etat. Une héroïne belle, prude, cultivée, sensible et douée d'empathie. Un musicien sûr de lui jusqu'à l'écoeurement, séducteur fou.

Rien ne peut les réunir, si ce n'est le hasard. Dans une ville transformée en lupanar toutes les fins de semaine. Et Golondrina del Rosario se donnera une nuit de chaleur, dans le noir, à Bello Sandalio.

Ce roman baroque à la langue poétique m'a pris dans ses rets. Plus moyen de m'échapper de cette histoire rocambolesque: entre visite du Président et projets fous du père anarchiste de la jeune fille, tout y est excessif, incroyable. Tout y est poésie.

 

Après Annabel, je m'attaque au Lemaître: quel mois de février!

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18 février 2014

Cécile Coulon, Le rire du grand blessé.

Des lectures qui m'ont ravie, emportée, surprise

Cécile Coulon, Le rire du grand blessé.

http://www.viviane-hamy.fr/local/cache-vignettes/L370xH600/arton1622-b7b94.jpgUne dystopie étonnante. Une contre-utopie originale.  

J'aime les récits qui me plongent dans un monde proche mais décalé, qui interrogent la société dans laquelle nous vivons, qui me permettent de prendre cette distance critique indispensable- à mes yeux- à toute existence.

Et c'est ce que j'ai trouvé dans ce court récit. Un monde où la lecture est transformée en outil de pouvoir.

L'état a pris en charge la  création, la production, l'édition, faisant du livrre une marchandise calibrée, balisée. Exit le talent de l'écrivain, exit l'originalité. Il n'y a plus que des Livres Terreur, Tendresse, Chagrin, Frisson, Fou rire, Amour. De 110 pages maximum. Construits dans les Maison des Mots. Par des Ecriveurs. Tout est y balisé, pesé pour viser une efficacité optimale. C'est la valeur cathartique de l'objet qui intéresse le pouvoir: sa capacité à faire ressentir des émotions ou plutôt à vider le citoyen de toute émotion, à le faire devenir dépendant de ses lectures ou des Manifestations à Haut Risque au cours desquelles un Liseur lit un livre au milieu d'une foule délirante.

 Horrible, non?

 


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28 octobre 2008

Mes lectures de la rentrée

Voici des mois que j'ai , par la force de l'inertie, mis mon blog entre parenthèses. Difficile de le tenir à jour autant que je le voudrais, face aux exigences de la vie. Mes soirées sont remplies -sans parler des jours - et il ne me reste plus grand chose pour écrire sur mes lectures.

Alors je me "contente" de lire ...

Voici donc la liste de mes dernières lectures. POur garder la trace si je veux reprendre le fil de ce carnet de lecture. Pour donner des idées de lecture à ceux qui me lisaient.

Barbara Kingsolver, Un été prodigue 
un très beau roman sur le rapport entre l'homme et la nature

Michael Connely, Echo Park
un Harry Bosch à la hauteur

Todd Strasser, La Vague
ce roman met en scène l'expérience dangereuse d'un prof sur l'effet de groupe et le pouvoir, à mettre en lien avec le film allemand qui sort là.

Batya Gour, Meurtre au Kibboutz
Un policier israëlien sur fond de transformation de l'esprit originel des kibboutz.

Scott Westerfeld, Uglies + Pretties + Specials + Extras
J'assume toujours très bien - quoi qu'on en dise ou qu'on en pense - mon plaisir à la lecture de romans d'aventures jeunesse, ici un bon premier tome de roman SF avec pour thème le pouvoir de la beauté.

Kazuo Ishiguro, Auprès de moi toujours
Un superbe roman inclassable sur l'humanité et ce qui la fonde. Qu'est-ce qui fait que nous, nous sommes des êtres humains?

Alaa al-Aswani, L'immeuble Yacoubian
Une déception mais il reste tout de même une fresque intéressante du Caire.
 
Diane Meur, Les Vivants et les Ombres
Ce superbe roman est mené par un narrateur, la maison, qui nous présente la saga d'une famille en Galicie au XIXè siècle. Des personnages de femmes inoubliables!
 
Amoz Oz, Dans la nuit profonde
Un conte fort et cruel.

Bettina Henrichs, La joueuse d'échecs
Jolie histoire d'une femme de ménage prise d'une passion inattendue pour les échecs. Quoi de plus incongru pour cette mère de famille sans éducation ....

Laurent Maréchaux, Le fils du dragon
Récit de la passion de la mer génération après génération. Beau roman sur le fantastique attrait de cette vie, de l'ailleurs aussi. On y croise Rimbaud au détour d'un café, au fond d'une ruelle sombre.
A. E. VAn Vogt, A la poursuite des Slans
Je suis très contente d'avoir lu ce roman  SF, sur la différence, l'altérité et le refus de l'autre. J'y ai retrouvé des années plus tard la plume et le rythme de Van Vogt.

Fred Vargas, Un lieu incertain
Je ne me lasse pas de cet écrivain et encore moins de son héros. Adamsberg me surprend encore.

P. Djian, Doggy Bag V et VI
Et voilà, c'est fini!
J'aurai bien ri avec ces 6 épisodes de la folle famille Sollens inventée par Djian. J'attends le nouveau tournant de cet auteur surprenant.

Philippe Doumenc, La contre enquête sur la mort d'Emma Bovary
Je suis en pleine lecture. J'avais peur du côté analyste littéraire, mais rien de cela. C'est prennant et crédible. Et cela me réconcilie avec Emma. 

Voilà mes dernières lectures. En espérant que cela serve à l'un d'entre vous.            

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10 avril 2008

Insa Sané, Du plomb dans le crâne

san_Nous sommes en novembre 2005. En plein embrasement des banlieues. Alassane est un jeune homme sans histoire dont la rage et le ressentiment s'expriment ce soir-là. Prince est un truand, un caïd qui sort de prison. Ils se croisent. Ils se connaissent. Le lien entre eux ? la banlieue. Un univers dont on ne peut sortir. Un monde où l'avenir n'est pas prometteur quels que soient tes talents, quels que soient tes efforts.

Le message est attirant, j'attendais beaucoup de ce livre. Et je suis un peu déçue. Parce que j'en attendais trop peut-être. Probablement. Je suis restée sur ma faim.

S'il est vrai que j'ai été un peu gênée par la langue, plus que réaliste, je suis consciente qu'elle est l'outil idéal voire nécessaire pour décrire cette réalité, ce monde et cette ambiance trash. Mais bon, au bout d'un moment, cela m'a lassée.

Par contre, la scène finale m'a laissée sans voix, elle rachète à mes yeux certains passages moins forts.

Petite remarque contextuelle pour ceux qui me liraient régulièrement: je n'ai pas fait le meilleur choix en optant pour cette lecture après une semaine d'apnée millénium. Quel roman aurait tenu la distance?


 

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07 avril 2008

Stieg Larsson, La reine dans le palais des courants d'air

larsson_millenium_3En ouvrant ce roman, je sais déjà que ce sera le dernier. Stieg Larsson est mort, cela j'en avais connaissance en commençant à lire Millénium. Mais il y avait cette rumeur d'un tome quatre presque fini. Peut-être publié. Un espoir. Qui ne sera pas. Le roman n'existe pas, juste des notes préparatoires. Je reste donc à quai avec ma nostalgie.

Troisième et dernier tome donc. Rebelote. J'ai du mal à imaginer ce que cet auteur machiavélique va réussir à trouver de plus incroyable que ce passé qu'il a inventé à Lisbeth. Et me voilà à nouveau époustouflée!

Nous sommes à l’hôpital, Lisbeth est clouée au lit. Au même étage, au fond du couloir, l'homme qu’elle a essayé d’assassiner ( J'essaie de ne pas trop vous en dire au cas où vous liriez cette critique avant).  Commence alors le combat pour prouver son innocence et faire donc la lumière sur toute cette affaire. Elle risque en effet l'hôpital psychiatrique. A vie. Là où elle se trouve, elle ne peut rien faire. Le veut-elle d'ailleurs? A quoi bon parler aux médecins, aux autorités? L'a-t-on jamais crue?

C'est à nouveau Mikael qui s'en chargera. Mais cette fois-ci, il a ferré un gros poisson, trop gros pour lui? En effet, son défi n'est pas mince: faire condamner la section de la Säpo  responsable des souffrances atroces imposées à Lisbeth des années durant.  Mais on ne s'attaque pas impunément aux services secrets ... 

Un nouveau genre donc pour ce dernier volet, une intrigue pleine de complots et de manœuvres ourdies en secret, au sein même des institutions de l'Etat démocratique.

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06 avril 2008

Stieg Larsson, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

larsson_millenium_2

Le premier tome vous avait ébloui. Comme moi, vous éprouvez certaines craintes. L'auteur pourra-t-il faire mieux? Comment réussira-t-il à capter à nouveau votre attention? Vous pouvez cesser de vous en faire. N'ayez crainte: c'est pire.

Le deuxième volume suit d'abord Lisbeth. A la fin du tome précédent, son talent de hackeuse lui a permis de détourner une somme astronomique, tout en respectant ses propres règles morales. Nous la retrouvons donc voyageant dans le monde au fil de ses envies. Elle reste cette jeune femme frêle et renfermée du premier livre, mais plus libre, en tout cas de ses mouvements. Mais par les hasards et caprices de la météo, elle revient en Suède. Bien décidée à se maintenir à l'écart de Mikael.
Celui-ci, toujours rédacteur en chef à Millénium, enquête avec Dag Svensson sur des réseaux de trafics de femmes. Mais cela déplaît, irrite, particulièrement les personnes compromises par l'article et le livre en  préparation. Dag Svensson et son amie sont assassinés. Un autre meurtre a lieu presque simultanément. Lisbeth Salander est soupçonnée et recherchée. Elle se terre. Mikael, convaincu de son innocence , mène la contre-enquête.

Ce deuxième apus nous plonge dans le passé de l'héroïne, ses douleurs, ses souffrances, l'horreur sans nom de son enfance.

Je crois pouvoir dire que, des trois romans, c'est mon préféré. Le plus dense, le plus haletant, un thriller musclé. Et une critique acide de la société suédoise. du fonctionnement de ses institutions. Mais là encore, nous ne sommes pas au bout de nos surprises...

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03 avril 2008

Stieg Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

larsson_millenium_1Des mois que je retardais cette lecture. Des mois de résistance. Par peur. Peur d'être déçue après tant d'échos élogieux. Par besoin de temps aussi. Parce que je savais que si le premier tome me plaisait, je ne résisterais aps aux deux suivants. Et voilà, c'est fait. Pendant une semaine, j'ai respiré avec Mikael, Erika et Lisbeth. C'est fait donc. C'est même fini. Et je porte le deuil de Lisbeth. Je ne la rencontrerai plus au détour d'une page, d'un mail, d'une rue de Stockholm. Et je vis cela comme si j'avais perdu une amie.

Mais laissons là mes addictions. Et reprenons au commencement. Le premier tome de la trilogie. Hélas, trois fois hélas, jamais un tome de plus. Encore un deuil à faire ...

Ce premier volet, Les hommes qui détestaient les femmes, commence avec Mikael Blomkvist. Ce journaliste,  connu pour ses critiques engagées contre le monde de l'économie, est reconnu coupable de diffamation contre la personne de Hans-Erik Wenneström, un industriel aux affaires plus que douteuses. Condamné à une amende importante et à une peine de prison, notre héros décide de prendre de la distance afin de sauver sa revue, Millénium. Il est alors engagé par  Henrik Vanger, riche industriel suédois, afin d’écrire sa biographie, mais surtout de mener une enquête discrète sur la disparition, quarante ans plus tôt, de sa nièce Harriet. Notre héros s'attelle à la tâche sans grande conviction, mais les mystères s'accumulent puis lentement commencent à se laisser percer. Et Mikael de poursuivre ses recherches, secondé alors par Lisbeth Salander. Un personnage atypique. Cette jeune femme au physique d'adolescente anorexique est fermée, taiseuse, asociale, violente parfois, mais c'est aussi un as en informatique. Et le personnage central de cette série.

Dans ce roman, l'auteur prend le temps de planter le décor et les personnages. Le rythme est régulier. D'une lenteur agréable, paisible je dirais, jusqu'au tournant de l'enquête où tout s'emballe. Et Stieg Larsson de nous plonger dans les recoins sombres de l'horreur humaine.

Un polar à la forme classique revendiquée qui augure une suite époustouflante.

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24 mars 2008

Scarlett Thomas, La fin des mystères

thomasVoilà un roman inattendu.A la fois fiction et vulgarisation scientifique. L'auteur nous emmène dans un monde d'une irréalité totalement crédible voire réaliste. C'est un peu fou.

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20 mars 2008

James Hawes, Pour le meilleur et pour l'Empire

hawesUn roman plein de cet humour anglais pince sans rire qui me plaît tant.

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17 mars 2008

Zadie Smith, Sourires de loup

zadie_smith

Quel beau roman! Voilà des années, sur conseil d'une amie, après lectures de critiques fortes et belles, j'ai acheté ce livre pour l'offrir à ma maman. Et puis je n'y ai plus pensé. Jusqu'à ce que Xavier et Amandine, mes bourreaux de lecture, me le conseillent à nouveau. Et me voilà, au sortir de cette lecture, très contente encore une fois de les avoir écoutés.

Nous sommes en Angleterre. Le roman démarre dans une voiture. Un homme, Archie, abandonné apr sa femme, prépare son suicide. Malheureusement pour lui, le propriétaire de la boucherie hallal devant laquelle il a garé son instrument de mort ne l’entend pas de cette oreille ! Et nous voici lancés dans une saga familiale aux situations drôles, mettant en scène des personnages plus loufoques les uns que les autres. Petite liste non exhaustive : Abdul-Colin et Abdul-Mickey dont les prénoms tentent un mélange pas toujours heureux ;  Hortense, la grand-mère témoin de Jéhova d’Irie dont la vie s’organise autour de la fin tant attendue du monde ; l’organisation Keepers of the Eternal and Victorious Islamic dont l’acronyme KEVIN « fait problème »et last but not least Souris du futur (marque déposée).

Et des répliques, des descriptions succulentes qui me font encore rire aujourd’hui : Clara Bowden, superbe jamaïcaine, « qui n’avait pas besoin de soutien-gorge – elle était totalement indépendante, même vis à vis de la pesanteur » ; Alsana : « très traditionaliste, très religieuse, il ne lui manquait qu’une seule chose la foi »; Mme Chalfen demandant lors d’un dîner comme il faut à ses deux invitées lesbiennes si "elles se servent mutuellement de leurs seins comme d’oreillers" .

Mais ce roman n’est pas un manuel de situations loufoques mettant en scène des personnages improbables. Sourires de loup, c’est tout cela sur fond d’exil et de déracinement, d’immigration – choisie ou pas- et de quête identitaire. Celle que mènent Millat et Magid à des milliers de kilomètres et les fait s’affronter dans le combat des valeurs occidentales et musulmanes. Celle dont Irie veut se libérer, afin de se construire une vie agréable où les questions d’appartenance n’auraient pas droit de cité. On le voit, les sujets abordés par ce roman ne sont pas anecdotiques. Pourtant jamais ils ne semblent lourds, tant le traitement en est léger. Ce recul de l’auteur qui permet au lecteur de rire, à tout moment est une des grandes armes de Sourires de loup.


Enfin, bien que long, ce livre est prenant, bien construit. Je veux bien admettre ce que certains considèrent comme des longueurs, mais je dois aussi dire que je ne me suis jamais ennuyée. Un livre drôle sur un sujet difficile, c’est rare.

 

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10 mars 2008

Alexandre Dumas, Pauline

Prochaine lecture du club_des_bloggueuses  pour le 1er mai:

dumas_pauline

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Jean Teulé, Je, François Villon

teul_Ah que voilà un roman dérangeant... Mais commençons par le commencement.
De Villon, que savais-je? Pas grand-chose, le minimum inhérent à mes études de romaniste: son importance en tant que poète, sa vie délurée et dangereuse, le mystère autour de sa "disparition" et son oeuvre. Surtout.
J'ai des souvenirs de La Ballade des pendus:

De notre mal personne ne s'en rie
Mais priez dieu que tous nous veuille absoudre


De celle des Dames du Temps Jadis, passages d'une beauté nostalgique:

Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Ce n'était pas si mal ce que j'en savais donc. Mais rien qui m'eût préparé à ce que j'ai lu là! Je me suis retrouvée prise dans une déferlante de violence, de sexualité débridée et d'inhumanité assumée. Jean Teulé brosse un portrait -magnifique s'il en est- de ce moyen âge si peu connu. Je ne discuterai pas ici le caractère scientifique de l'œuvre, peu m'importe finalement, mais quelle force, quelle énergie dans ce roman. Bien sûr au service de l'horreur, une ignominie sans nom. Mais est-ce un problème? Baudelaire parlait de faire du beau avec l'horreur et c'est bien ce à quoi parvient Jean Teulé.

Mais revenons à ce roman. Nous suivons un Villon qui hésite entre la vie paillarde que son statut d'étudiant et la bonté de son tuteur lui permettent et l'horreur et l'abomination des Ecorcheurs et des Coquillards. Et il choisira. Lors d'une scène où culmine l'inhumanité de ce personnage. Une scène que je pourrais dire d'anthologie si elle ne m'avait pas définitivement éloignée du personnage. Définitivement, parce que si je peux, comme l'explique avec brio Katell, comprendre le cheminement qui le mène à cette extrémité, dans ce Paris où vie et mort ne pèsent pas bien lourd, j'ai été dépassée par l'horreur, l'injustice de cette scène. Une déferlante de haine lorsque Villon assiste, immobile, au viol bestial d'Isabelle.
Par la suite, les douleurs, malheurs vécus par notre personnage, son supplice entre les mains du bourreau me ramèneront à un regard moins distancié et dégoûté. Jusqu'à la fin. Mais reste cette horreur que je n'avais jamais lue et éprouvée aussi intensément.

C'est un roman que ne peut pas laisser indifférent. Je peux comprendre le rejet de certains lecteurs, le refus de cette explosion d'immondice. Je peux aussi comprendre l'attraction pour un personnage comme Villon. Il me reste à moi une vision très forte de cette époque, l'impression d'une plongée cinq siècles en arrière. Je ferme le roman, heureuse de vivre aujourd'hui.

Cette lecture m'a été proposée par leclub_des_bloggueuses . Voir les autres critiques chez Sylire.

 

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28 février 2008

critiques en retard

Bon, encore une fois, je me tape sur les doigts... mais je me rattrape. ouf!

Je dois encore écrire mes critiques de :
Ph. Claudel, Le rapport de Brodeck
Grondhal, Piazza Bucarest
K. Hosseini, Mille soleils splendides
A. Indridasson, La voix

Connely, Le dossier Lincoln
H. Coben, Temps mort
Alvin le faiseur tome VI
Th. lavachery, Bjorn aux enfers tome IV
Marisha Pessl, La physique des catastrophes
Joann SFAR,
Greffier
Jean TEULE, Je, François Villon (encore deux jours d'attente....)

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26 février 2008

Marisha Pessl, La physique des catastrophes

pesslJe dois avoir loué ce roman en octobre. Je dois à la bienveillance de Françoise, qui sait que parfois le temps...., d'avoir pu enfin lire ce roman. Pourquoi avoir tant attendu? Je n'en sais trop rien. Il est des livres qu'on a immédiatement envie de lire mais qui reste désespérement en attente. Dans la PAL.
Mais la Physique des catastrophes a eu sa chance. Et bien m'en a pris! Quel roman! Je n'en reviens toujours pas.

Bleue Van Meer nous raconte sa vie. Cette vie, qu'à l'instar de son père, elle construit pour en faire son oeuvre. Et puisque pour écrire son autobiographie, il faut avoir à dire - dixit Gareth Van Meer- nous voilà, dès le début, assurés de l'intérêt que peut avoir la brève existence de cette étudiante sombre de Harvard. Cette jeune fille, orpheline de mère, mène avec son père une vie d'errance au gré des postes universitaires décrochés par celui-ci. Une vie de voyages, de lectures, de citations et de duels intellectuels. Construite autour de son admiration pour ce père plein d’humour et de cynisme.
Pour la dernière année d'études de Bleue, pour préparer son admission certaine à Harvard, ils posent leurs valises pour un an dans la petite ville de Stockton, Caroline du Nord. Une petite ville comme tant d'autres dans le parcours de Bleue. Jusqu'à sa rencontre avec Le Sang Bleu, petit groupe hermétique et charismatique qui vibrillonne autour d'Hannah Schneider, professeur mystérieuse et envoûtante. Une nouvelle vie pour cette adolescente renfermée. Une vie de sorties et d'amitiés. De secrets aussi. Ceux-ci culminant avec la découverte d'Hannah pendue.

J'ai été happée par ce roman. Prise et soufflée. Au point d'en lire le dernier chapitre sur le parking avant de rentrer à la maison: impossible d'attendre le soir pour l'achever.
Mais il est vrai qu'au début j'ai parfois été distraite, dérangée aussi par l'accumulation de références, de citations
. Par sa tendance à gonfler les phrases, à multiplier les compléments. Alors il faut sauter, lire en diagonale, revenir.
Mais ceci n'est vrai que pour le début. En effet, l'histoire est prenante et permet d'oublier ce gonflement. C'est le moment où ce roman polymorphe bascule de l'autobiographie  psychologique au roman policier, avec Bleue dans le rôle de l'enquêteur aux spéculations  folles. Et la fin réserve son lot de surprises...

Je ne regrette donc pas d'avoir lu cette magnifique brique de rentrée. En attendant le roman suivant - plus épuré ?- de Marisha Pessl.

Lire ici la belle critique de Bernard, de Clochette 




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10 février 2008

Xinran, Chinoises

chinoisesJ'avais déjà lu les Funérailles célestes du même auteur. Mais j'avais moyennement accroché. Je ne partais pas le coeur léger dans cette lecture. Un peu d'appréhension, légère mais présente, comme tapie. Dans Chinoises, Xinran compile, toujours via son émission de radio, des infos et témoignages sur la vie des Chinoises. Et c'est, du début à la fin, hallucinant...

En effet, au fil de ses rencontres, les histoires de ses auditrices, Xinran chemine, à nos côtés, dans la découverte de ce que vivent les Chinoises: leur quotidien, leurs souffrances, la difficulté à être. Et ce récit culmine lors de son expédition dans une région "du bout du monde", sur la Montagne hurlante!
Et puis il y a l'horreur de la révolution culturelle. Ce couvercle étouffant qui décima des générations. les histoires reprises ici, toutes plus horribles et éprouvantes, sont à l'image de ce que ces gens se sont vu imposer. J'avais beau avoir lu Balzac et la petite tailleuse chinoise, Les cygnes sauvages et la Couleur du bonheur, la réalité décrite dasn sa simplicité ecoeurante, dans sa nudité effroyable me laisse sans voix.

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27 janvier 2008

Thomas Lavachery, Bjorn aux enfers tome IV

Lavachery_Bjorn_IVAu moment de faire la critique du tome IV de la deuxième aventure de Bjorn (Bjorn aux Enfers), je réalise que je n'ai jamais parlé de lui ici. Que voilà un oubli à réparer!

Bjorn est un morphir (comme l'indique le titre du roman fondateur). Ce jeune garçon originaire du Fizzland et plutôt peureux va, en effet, dans le premier tome se découvrir non seulement du courage -ce qui en soit est déjà incroyable- mais surtout de la force, du talent et de l'héroïsme. Ces découvertes se font au gré des permières aventures du jeune garçon. Mais comme le personnage est sympathique et le monde créé plein de possibilités, Thomas Lavachery a eu envie de continuer à s'amuser avec Bjorn. Et avec ses compagnons: Sigrid, la jeune cousine intrépide et amoureuse,  Ketill le Rouge, le valeureux grognon au coeur doux, Svartog le demi-hirogwar et sa cape magique et le dragon Daphnir. Dans le deuxième tome, ils partent en mission dasn les Enfers, mandatés par le Roi pour y délivrer son fils aîné le prince Sven et évincer son frère l'horrible prince Dar!
Depuis, il y a eu trois tomes aux Enfers et voici le dernier. De cette aventure, puisque Thomas Lavachery m'a promis une autre aventure après celle-ci... Merci Thomas!

On retrouve donc notre petite troupe au lendemain de son combat contre Dar. Ils sont épuisés, blessés. Et toujours pas au bout de leurs peines... Il leur "reste" à traverser le sixième et dernier étage des enfers, affronter Mamafidjar, la Reine des Enfers, et lui arracher le prince Sven. Nos braves amis s'engagent dans cette dernière bataille, en n'oubliant pas la prédiction d’Ama : « Deux des quatre périront. »

Voilà un roman que j'ai dévoré, comme les quatre autres avant lui. J'ai découvert Bjorn le Morphir grâce à Déborah (passez la voir dans sa librairie La Licorne, chaussée d'Alsemberg à Uccle, ça vaut la peine) et puis j'ai rencontré Thomas Lavachery. Un vrai plaisir. Encore merci Thomas pour ces aventures et pour le joli Daphnir de mon tome IV.  Il a créé dans ses romans un monde étonnant qui ne ressemble à aucun autre. Un peu de vikings, une cuillèrée de dragons, un soupçon de trolls et une pincée de loup-garou. Et voilà un livre à l'alchimie détonnante et haletante.
Et un roman  fantasy jeunesse de qualité.

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20 janvier 2008

Arnaldur Indridason, La voix

indridasonLe roman démarre sur une image forte: un père Noël, pantalon baissé, pénis à l'air, est retrouvé assassiné dans un grand hôtel de Reykjavik . C'est Gulli, le portier. Un homme seul, sans amis, sans attaches familiales. L'inspecteur Erlendur va, en cette veille de Noël, prendre en mains l'enquête.

Je suis une lectrice avide de policiers et polars. Ces derniers temps, les Suédois m'ont attirée. Voici ma première expérience islandaise et je ne suis pas déçue. Mais il est essentiel de souligner que ce n'est pas tellement l'enquête qui intéresse ici, mais les circonvolutions de celle-ci dans les méninges d'Erlendur, se mêlant à son passé à peine esquissé. C'est aussi la société islandaise et ses habitudes de vie, son mode de pensée. Et puis l'écriture d'Indridason qui, à elle seule, vaut le détour.

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15 janvier 2008

Joann Sfar, Greffier

sfarRichard Malka, avocat de Charlie Hebdo, à propos du procès dit des caricatures: «C’est quand même le seul procès des caricatures du monde. Et la question de fond est: est-ce que, en France, on a le droit de critiquer la religion? Nous pensons que oui. Ceux qui nous attaquent essaient de faire sanctionner le blasphème, sans le dire.»
Et c'est de ces deux journées de février 2007 que nous rend compte Joann Sfar ici. Mais à sa sauce évidemment. Ce qui fait de ce document une oeuvre hybride, ni BD ni compte-rendu d'audience à proprement parler. Mais un récit haletant et fort dans sa réflexion sur la société, sur ce que signifie la liberté d'expression.

"7 et 8 février 2007. Je redeviens dessinateur de Charlie pour suivre le procès des caricatures de Mahomet. Je ne suis ni journaliste ni dessinateur de presse. Je voudrais prendre des notes d’auteur de bandes dessinées : rendre compte de l’intégralité des débats (…) Je suis fils d’avocat et ai eu la chance de fréquenter très tôt les prétoires. Je crois que c’est instructif, de raconter un procès du début à la fin.”
Joann Sfar
Je connaissais Sfar par sa BD Le chat du Rabin, qui vaut incontestablement le détour. Je ne savais rien de sa participation à Charlie Hebdo. Que je ne lis pas d'ailleurs. Je n'ai suivi ce procès que d'une oreille, comme bien des gens. Mais cette lecture m'a réveillée. Sur les enjeux de ce procès, mais surtout sur les enjeux actuels. La tendance à confondre blasphème et racisme, alors même que nous sommes dans une société où ce dernier n'est pas sanctionné. On n'aurait plus le droit de se moquer des opinions de son voisin? La religion est une opinion, comme une autre, elle n'est en aucun cas assimilable à l'individu lui-même.
Voilà, parmi tant d'autres des idées que je retiens de ma lecture. Et des paroles éblouissantes de clarté de Mohamed Sifaoui. D'Elisabeth Badinter.
On en vient à regretter que Sfar ait la main lente.

sfar2

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