Les lectures de Sole

Recueil de notes sur mes rencontres littéraires, un roman, un essai, peu importe, seul compte le plaisir des moments partagés avec ces mondes merveilleux et troubles.

15 janvier 2008

Joann Sfar, Greffier

sfarRichard Malka, avocat de Charlie Hebdo, à propos du procès dit des caricatures: «C’est quand même le seul procès des caricatures du monde. Et la question de fond est: est-ce que, en France, on a le droit de critiquer la religion? Nous pensons que oui. Ceux qui nous attaquent essaient de faire sanctionner le blasphème, sans le dire.»
Et c'est de ces deux journées de février 2007 que nous rend compte Joann Sfar ici. Mais à sa sauce évidemment. Ce qui fait de ce document une oeuvre hybride, ni BD ni compte-rendu d'audience à proprement parler. Mais un récit haletant et fort dans sa réflexion sur la société, sur ce que signifie la liberté d'expression.

"7 et 8 février 2007. Je redeviens dessinateur de Charlie pour suivre le procès des caricatures de Mahomet. Je ne suis ni journaliste ni dessinateur de presse. Je voudrais prendre des notes d’auteur de bandes dessinées : rendre compte de l’intégralité des débats (…) Je suis fils d’avocat et ai eu la chance de fréquenter très tôt les prétoires. Je crois que c’est instructif, de raconter un procès du début à la fin.”
Joann Sfar
Je connaissais Sfar par sa BD Le chat du Rabin, qui vaut incontestablement le détour. Je ne savais rien de sa participation à Charlie Hebdo. Que je ne lis pas d'ailleurs. Je n'ai suivi ce procès que d'une oreille, comme bien des gens. Mais cette lecture m'a réveillée. Sur les enjeux de ce procès, mais surtout sur les enjeux actuels. La tendance à confondre blasphème et racisme, alors même que nous sommes dans une société où ce dernier n'est pas sanctionné. On n'aurait plus le droit de se moquer des opinions de son voisin? La religion est une opinion, comme une autre, elle n'est en aucun cas assimilable à l'individu lui-même.
Voilà, parmi tant d'autres des idées que je retiens de ma lecture. Et des paroles éblouissantes de clarté de Mohamed Sifaoui. D'Elisabeth Badinter.
On en vient à regretter que Sfar ait la main lente.

sfar2

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11 décembre 2007

Luc Ferry, Apprendre à vivre

ferryDécidément, en cette fin d'année 2007, je me mets sans cesse au défi de lire des essais... Celui-ci, je viens de le commencer et la lecture en est agréable. Je suis un peu gênée par le tutoiement du "philosophe des origines", mais ça a le mérite de donner de la proximité au discours.

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01 novembre 2007

Bernard-Henri Lévy, Ce grand cadavre à la renverse

bhlDes années que je n'avais plus été tentée par un livre de BHL. Je vous en reparlerai, pas de doute.
Quelques semaines plus tard...
Je ne suis pas une grande lectrice d'essais, ce n'est pas un grand mal à mes yeux, mais bon, j'en suis consciente. Voilà des lectures qui ne m'offrent pas cet ailleurs humain qui me fascine dans les romans. Donc, là, un nouveau défi, je m'étais mise à lire un essai!  Bien sûr, BHL n'est pas, loin s'en faut, l'essayiste le plus hermétique... et c'est un plus pour moi. J'ai commencé ce livre avec plaisir: une conversation truculente entre Sarkozy et Lévy autour de ce qui les rapproche et ce qui les éloigne. Enfin, surtout le premier essayant d'arracher au second une preuve officielle et surtout publique de ralliement... Très amusant: c'est là qu'on se souvient que cet auteur est aussi celui du Diable en tête, un souvenir de lecture impérissable. J'avais 17 ans, mais les sentiments éprouvés lors de cette lecture sont encore bien vifs (un vrai grand livre).

Je lis donc cet essai, au cours duquel Bernard-Henri Lévy se penche sur ce qui le sépare à tout jamais d'un Sarkozy, ce qui fait que, malgré ce que celle-ci est devenue aujourd'hui, il votera toujours pour la gauche.
Et première question, question fondatrice: qu'est-ce que la gauche, sa gauche? Est-elle, comme l'affirme Sartrepréfaçant Aden Arabie, de Paul Nizan, "Ce grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis. Elle pue, cette charogne... "?

Et l'auteur de passer en revue les « scènes primitives » de son appartenance à la gauche, celles qui fondent son choix. La lutte contre Vichy et ses « crimes sans excuses »; la guerre d'Algérie et le refus définitif de considérer un tant soit peu le colonialisme comme oeuvre de civilisation; le devoir de mémoire; son refus de l'idée actuelle d'« en finir avec la repentance »; Mai 68, cet « événement heureux », et son esprit et, événement fondateur dela  gauche des droits de l'homme, l'affaire Dreyfus.
"Est-ce qu'être de gauche, en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas, là aussi, essayer de penser tout cela à la fois ? Anticolonialisme et antitotalitarisme. Crimes du FLN et crimes de l'OAS. Les crimes des autres, d'accord, mais aussi les nôtres et, déjà, ceux de nos aînés. C'est à cela, en tout cas, que je m'efforce dans ce livre." 'Nouvel Obs, 4/10/07 - Débat avec A. Finkelkraut)

Difficile de refuser ces images, difficile de nier leur importance - même si certains le font... Mais par la suite, j'avoue avoir plus de mal à suivre Lévy. Qu'il dénonce les nouvelles dérives de la gauche, soit. Une fois dépassée la tentation "communiste", celle-ci verserait vers l'autre extrême: antiaméricanisme, antisémitisme ou « fascislamisme », néonationalisme antieuropéen, différentialisme, voilà pour Bernard-henri Lévy les ennemis, tous, sans oublier le «bourdieudonnisme». ces chapitres-là sont intéressants, quoique je ne partage pas toujours - et c'est peu de le dire - l'avis de l'auteur.

D'autant que pour lui, la gauche n'a, à aucun moment, de rôle social à jouer. Exit donc les grandes luttes sociales. Pour BHL, l'économie n'existe pas, tout est politique. Soit. Mais nier en quelques mots les nombreuses  luttes pour l'amélioration des conditions de vie des hommes, luttes pour moi tout aussi fondatrices de la gauche, c'est fonder une gauche dans laquelle je ne peux tout à fait me reconnaître.

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11 octobre 2007

Sylviane Agacinsky, La métaphysique des sexes

agacinskibof bof, je ne suis pas bonne sur les essais, mais là, rien, pas moyen.
Un début intéressant sur le fondement philosophique de l'inégalité des sexes. Vraiment intéressant. Si SI.
Mais vraiment je n'y arrive pas. Ce genre d'écriture me tombe des mains. C'est le meilleur moyen pour moi de tomber dans les bras de Morphée de façon immédiate.

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24 janvier 2007

Erik Orsenna, Portrait d'un homme heureux

Ce livre est un essai de reconstitution de la vie d'André Le Nôtre, ce grand jardinier du dix-septième siècle, créateur de Versailles, Chantilly, Vaux et tant d'autres merveilles. Mais c'est un texte difficile à classer, puisque ce n'est ni un roman, ni une étude historique minutieuse. Nous sommes à la croisée de ces deux genres. Orsenna nous conte ici une existence hors du commun. André Le Nôtre est à la fois un créateur dominant de son époque et un loyal serviteur de Louis XIV qu'il aidera toute sa vie à réaliser ses projets, à exprimer sa magnificience.

Très agréable à lire, grâce à la légèreté de la plume de l'auteur. regard intéressant aussi sur ce siècle d'Or.

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04 janvier 2007

Amos Oz, Comment guérir un fanatique

ozPremière rencontre avec ce grand écrivain et par un essai en plus: quel défi!
Et bien, au final, une lecture agréable, pas du tout rébarbative.

Ce texte est la compilation de diverses conférences données sur le même thème et on y suit la pensée de l'écrivain dans ses déambulations variées.
Se glisser tout d'abord dans la peau de l'autre pour s'approcher de sa réalité, de sa conception de la vie. Pour le comprendre.
Se poser ensuite la question du fanatisme pour prendre conscience de son omniprésence: les fanatiques ne mettent pas tous des bombes: "la conformité et l'uniformité, le besoin d'être à sa place et de faire en sorte que chacun tienne sa place est sans doute la forme la plus répandue etnnon la moins dangereuse du fanatisme." (p.39) Toute absence de dérision, tout refus du compromis mène vers cette voie. Quand bien même nous ne viserions que le bonheur de l'autre.
Constater enfin que le conflit qui déchire ces deux peuples depuis si longtemps est un conflit entre deux causes justes. Il n'y a nis bons ni méchants, Les Palestiniens ont de bonnes raisons, les Israéliens défendent une cause juste. Face à une situation si peu manichéenne, nul ne peut trancher, la seule voie de réglement passe par cette constatation et l'acceptation du droit de l'autre.
Et Amos Oz de finir sur une note pleine d'optimisme qui fait froid dans le dos: lors de cette conférence, donnée en 2001, il entrevoit des possibilités de règlement du conflit. Plus réelles que jamais. Six ans plus tard, où en sommes-nous?

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20 mai 2006

Anne Brunswic, Bienvenue en Palestine

Chroniques d'un séjour à Ramallah, ce livre nous fait partager, en toute liberté, le regard subjectif mais ouvert de l'auteur sur ses rencontres avec Palestiniens et Israëliens pacifistes. Anne Brunswic, que l'on ne peut décidément réduire à son origine juive, nous permet de vivre avec elle pendant quatre mois les réalités de la vie quotidienne en Palestine, de Ramallah ) Tulkaren, de checkpoint en barrage, à l'ombre grandissante du mur en construction.

Je conseille vraiment cette lecture. Comme vous le remarquerez très vitre, je suis surtout lectrice de romans. Généralement, je traine des pieds pour les documents ou essais. Mais là je suis contente d'avoir franchi le pas. Nous nous faisons tous une idée de la vie sur place, nous avons tous un avis sur ce qui se passe là-bas et l'auteur ne revient pas là-edssus, elle ne cherche d'ailleurs pas à nous imposer sa lecture du conflit. Non, Anne Brunswic nous ouvre le quotidien de cette région, celui qu'elle a partagé avec les habitants, tout en étant consciente des privilèges de sa situation: elle n'est pas Palestinienne et mène donc pendant quatre mois une existence de privilégiée à l'échelle de bien des Palestiniens. J'ai été convaincue par son regard, vraiment.

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20 novembre 2005

Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran

nafisiAzar Nafisi, professeur de littérature anglo-saxonne en Iran, est interdite de cours par les autorités. Elle décide alors de réunir chez elle sept de ses étudiantes:  pendant deux ans, elle organiseront un séminaire clandestin de littérature.

Je croyais ne pas pouvoir lire ce type de livre. Trop dense, trop ardu. Et pas du tout! c'est une révélation. J'ai passé un vrai bon moment avec Mme Nafisi. C'est pour moi une découverte littéraire et humaine. Sur fond d'actualité brûlante, l'Iran m'a semblé plus accessible, moins incompréhensible.

On suit pas à pas cette femme, ces femmes luttant pour ne pas sombrer, ne pas devenir ces ombres muettes auxquelles les autorités  veulent les réduire. Mais il y a de l'humour aussi, de la littérature, de la grande littérature qui les aide à tenir, à croire en la liberté, en ces années de peurs et d'oppression.

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