26 décembre 2007
Muriel Barbery, L’élégance du hérisson
Voilà un roman dont il est difficile de ne rien savoir. Il arrive entre mes mains précédé d’une très très bonne critique. Mes amis lecteurs m’en vantent les qualités : « C’est un livre que tu dois lire », « et ces passages délicieux sur Kant et Husserl ! », « atypique, vraiment, jamais rien lu de comparable ».
J’ai toujours du mal à me précipiter sur des lectures unanimement vantées. Peut-être par peur d’être du même avis… J’ai donc tardé, mais nul ne saurait résister à l’appel du bon roman si longtemps.
Et me voilà donc embarquée avec Renée et sa vie de pseudo concierge. Enfin, vraie concierge mais pseudo ignorante. Clairement, alors que je suis une lectrice empathique, je peux dire que ce personnage ne m’a pas touchée. Mais je soupçonne Muriel Barbery d’en être consciente. Qu’elle l’ait voulu ne m’étonnerait pas… En effet, ce personnage est déjà impossible à imaginer, alors le rendre émouvant ! Tout de même, elle redevient humaine, relevant ses défenses intellectuelles, ôtant son tablier de mégère lors de ses rencontres avec Kakuro.
Je ne m’attarderai pas non plus sur Paloma, cette pauvre petite fille riche … « Exceptionnellement intelligente ». On envient à souhaiter à nos enfants la bêtise en cadeau des fées, parce que si l’intelligence mène au destin de Paloma, beurk !
Plus à mon goût, plus humaine, plus gaie, Manuela. Heureusement qu’elle existe d’ailleurs pour qu’on y croie un peu. Qu’on s’arrête sur l’humain. Jusqu’à l’arrivée d’un nouveau… LUI.
Car il y a Kakuro. Quel homme ! Une sensibilité qui pardonne son savoir. Parce que dans ce livre, il n’est question que de cerveaux surdimensionnés et de cœurs hypertrophiés. Alors lui, c’est une perle.
Mais tout de même, ce roman a d’indéniables qualités : celle de m’avoir fait à d’incalculables reprises (les sushis à trente euros pièce de Kakuro). Et, malgré tous mes sarcasmes, j’y ai aussi été émue. Ah les camélias ! Enfin, parce que c’est aussi une œuvre culturelle, je m’y suis en partie retrouvée : dans ce bric à brac de préférences hétéroclites, allant du cinéma populaire à la mort de Didon.
23 décembre 2007
Agnès Desarthe, Mangez-moi
Registre plus léger que ce roman. Après la Fille des Louganis, ça repose…
Une femme ouvre un restaurant. Son existence jusque là forme un ensemble assez cahotique et douloureux. Une vie de ruptures. Une vie d’attentes aussi. Et puis là, elle ouvre un restaurant. Sans prévenir. Sans pancarte. Un restaurant qui ne vivrait que par le bouche à oreilles des estomacs contentés. Qui ne devrait sa réussite qu’à l’amour distribué et reçu dans les assiettes.
Un beau pari. Une belle brochette d’humains aussi. Parce que Myriam est atypique, elle attire des plantes rares. Tous se croisent, se parlent, s’aiment « Chez moi ».
C’est un roman léger, facile, qui se mange allègrement. Avec ses morceaux plus fins, ses parties tendres, ses passages parfois un peu trop cuits aussi. Mais une alchimie (c’est un mot de Myriam, je crois) qui prend comme une sauce réussie.
21 décembre 2007
Metin Arditi, La fille des Louganis
L’inconvénient des critiques que l’on fait avec retard c’est qu’il faut ensuite un certain temps pour replonger dans l’ambiance du roman. Mais ce dont je me souiviens bien, c’est que, contrairement au roman de Riel, celui-ci concordait parfaitement avec la vie que je menais en Uruguay. J’y ai retrouvé la chaleur, le soleil, une certaine langueur aussi.
Pavlina a grandi dans un oasis d’amour. Amour inconditionnel de son père pour elle, amour idôlatre qu’elle voue à son père. Amour définitif qu’elle porte à son cousin Aris. Mais ces hommes disparaissent. L’un après l’autre. Douloureusement.
Nous sommes sur l’île de Spetses, un éden solaire, les premières images pourtant sont de feu. Deux hommes meurent sur leur bateau, le père de Pavlina, le père d’Aris.
Mais les malheurs de cette jeune fille ne s’arrêteront pas là.
Sans vouloir aller plus avant, parce que je ne veux sous aucun prétexte déflorer cette histoire forte et belle, je ne peux m’empêcher d’évoquer la thématique du secret de famille, de la faute originelle. J’avais en son temps lu Le Secret, et puis d’autres romans sur ce sujet à la mode. Mais rien de comparable à ce roman-ci.
Autre thème brûlant, celui de l’arrachement, celui de la perte, celui de l’adoption aussi. Ces pages où Pavlina rêve sa fille ! Andriana à 3 ans. Andriana à 8 ans.. Andrianan à 17 ans… Comment vivre après avoir abandonné sa fille ? Comment continuer à respirer avec cette douleur au ventre ? Comment ne pas la chercher partout ? Comment ne pas la reconnaître sans cesse ? dans la natte noire et drue de cette petite fille qui tient la main de sa maman, dans le galbe des jambes de cette adolescente qui descend la rue en courant, dans la date de naissance de cette autre, la date de naissance d’Andriana
« N’oublie rien ni personne, Pavlina. Vis »
J’ai été transportée par le destin de cette jeune héroïne, la suivant de Spetses à Genève en passant par l’épisode douloureux d’Athènes. Si son île originelle est solaire, je ne trouve pas d’adjectif plus juste pour Pavlina. Jusque dans son malheur, dans son désespoir, elle reste éblouissante.
Je pourrais dire que mon seul regret en refermant ce livre, c’est de savoir que je ne rencontrerai jamais Pavlina…
12 décembre 2007
PAL 2008
Metin Arditi, Le fille des LouganisJ. M. Coetzee, En attendant les barbares
Muriel Barbery, L'élégance du hérissonAgnès DESARTHE, Mangez-moi
James Frey, Mille morceaux (abandon)Khaled Hosseini, Mille soleils splendides (j'ai craqué, je l'ai acheté...)Arnaldur INDRIDASON, La voixMarisha Pessl, La physique des catastrophes
Zadie Smith, Sourires de loup
Joann SFAR, Greffier
Jean TEULE, Je, François Villon
11 décembre 2007
Luc Ferry, Apprendre à vivre
Décidément, en cette fin d'année 2007, je me mets sans cesse au défi de lire des essais... Celui-ci, je viens de le commencer et la lecture en est agréable. Je suis un peu gênée par le tutoiement du "philosophe des origines", mais ça a le mérite de donner de la proximité au discours.
06 décembre 2007
Matt Rees, Le collaborateur de Bethléem
Voilà un livre à extraire de ma PAL d'hiver. Depuis cet été j'avais envie de le lire, après une bonne critique du Vif-L'Express. Un regard nouveau, différent sur cette région. Et puis un roman, aussi. Rien que de bonnes raisons de le lire. Et je n'ai pas été déçue.
Ce roman se lit très vite, il happe son lecteur dès les premières pages. Son personnage central est en effet attachant et sympathique (au sens originel). Omar Youssef est pourtant un homme comme tant d'autres. Plus très jeune, il est professeur d'histoire dans l'école onusienne d'un camp de réfugiés de sa ville, Bethléem. Mais ce professuer-là n'a pas que des amis, loin s'en faut. Sa méthode critique, son exigence intellectuelle font de lui la cible de tous: les parents d'élèves qui se plaignent de le voir "déformer" l'esprit des enfants, les représentant de l'état qui n'en peuvent plus de le voir s'opposer à l'historiographie officielle, ... Malgré cela, hormis les ennuis quotidiens d'une ville presque assiégée, Omar vit une vie banale.
Tout change lorsque l'un de ses anciens élèves, l'un de ceux qu'il considère comme porteurs de son héritage, se fait arrêter. George Saba est en prison, il est à deux doigts de se faire juger puis condamner pour collaboration avec l'ennemi. Ce chrétien n'a aucune chance face à l'ire populiare, à la folie des Brigades des Martyrs. Aucun chance. Mais Omar Youssef refuse d'en rester là et se lance dans une enquête folle, contre le temps qui presse, contre la pensée unique, contre la haine de l'autre.
J'ai beaucoup aimé ce polar très rythmé qui a, en plus, le mérite d'être réaliste. Même si j'aurais aimé que le réalisme permette un peu d'optimisme. Là, c'est plus que difficile. La vie à Bethléem ressemble à un enfer clos, avec la pression externe dûe à Tsahal et la pression du terrorisme interne omniprésent. C'est dur, mais fort.
03 décembre 2007
Blandine LE CALLET, Une pièce montée
Voici un roman que j'ai découvert grâce à une émission radiophonique que je vous recommande: La bibliothèque francophone. Elle est transmise le dimanche à midi sur les radios publiques de Belgique, France, Suisse et Canada. Une des libraires avait recommandé ce livre et la critique qu'elle en avait fait était plutôt attirante. Voilà donc cette Pièce Montée notée dans ma longue liste d'idées de lecture ... au cas où j'aurais un vide... mais bien sûr, depuis ce dimanche-là, pas eu le temps. Ni de le lire, ni même d'y repenser. Et voilà qu'une amie me le prête. Alors, vraiment, il faut le lire. Et je ne le regrette pas.
C'est en effet une lecture agréable. Ce roman à plusieurs voix est en fait une satire amusante du mariage, pluq que souvent amère de réalité. Voici donc un jeune couple qui se marie. Familles bourgeoises comme il faut et beau mariage exigé. C'est du moins ce que pense la future mariée, et sa mère, et sa soeur. Tout doit être parfait. Le mariage comme vitrine en papier glacé de notre réussite. Dans le monde du bonheur obligatoire, je demande le mariage parfait!
Ce moment est ici raconté par différents protagonistes: une des petites demoiselles d'honneur, le prêtre, la soeur de la mariée, la belle-soeur, la grand-mère, le don juan, et enfin les futurs mariés. Et de s'extasier sur la beauté de Bérangère et de vanter les mérites de l'église, de la salle, et bla et bla et bla. Tout ceci sur fond de constante hypocrisie. Bérangère est belle et gentille, mais pas question que la nièce trisomique de son futur vienne gâcher SA photo de SON mariage. Faut pas pousser.
Je me suis bien amusée avec ce roman. Mon seul regret tient à la fin, je ne crois pas une seconde aux émotions de Bérangère, à la révélation du marié, ce revirement m'a paru artificiel, un peu accéléré pour finir sur une note fleur bleue.
Sur le même sujet, Clarabel a écrit ici.
PAL d'hiver
Jean TEULE, Je, François Villon Agnès DESARTHE, Mangez-moiArnaldur INDRIDASON, La voix
Joann SFAR, Greffier
Marisha Pessl, La physique des catastrophesMatt Rees, Le collaborateur de Bethléem
Muriel Barbery, L'élégance du hérissonMetin Arditi, Le fille des Louganis
01 décembre 2007
Michaël Cunningham, Les heures
Quel roman! Voilà des années qu'on m'en parlait. Et vraiment je n'avais pas envie de le lire. Pourtant j'aime Virginia Woolf. Mais cette idée de conbstruction autour de trois femmes ne me tentait pas. Allez savoir pourquoi? Sait-on vraiment ce qui, un jour, nous guide vers un roman que nous aurions fui la veille. En tout cas, je l'ai lu. Et je ne regrette pas de lui avoir donné sa chance. ![]()
Sublime moment que celui que j'ai partagé avec ces personnages! Il y en a trois, trois femmes à trois époques différentes, mais liés à Mrs Dalloway d'une façon ou d'une autre. Virginia est écrivain. Loin de Londres, elle se récrée un équilibre entre l'écriture et les voix qu'elle entend. Clarissa est une éditrice new-yorkaise. Son meilleur ami, un poète, se meurt. Laura est une mère au foyer partagée entre les petits bonheurs de la vie et l'horreur de sa banalité. Les histoires de ces trois femmes s'interrogent, se bousculent et se répondent.
C'est un superbe roman à la construction divine. Et puis des femmes comme on aimerait en rencontrer. De celles que l'on n'oublie pas.
