Les lectures de Sole

Recueil de notes sur mes rencontres littéraires, un roman, un essai, peu importe, seul compte le plaisir des moments partagés avec ces mondes merveilleux et troubles.

30 novembre 2007

Jens-Christian GRONDHAL, Piazza Bucarest

critique en attente

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16 novembre 2007

Vikas SWARUP, Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire

Un roman indien amusant, vraiment plein d'humaour mais ancré dans des réalités matérielles et humaines parfois horribles.

A venir

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01 novembre 2007

Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck

claudel_brodeckJe voulais le lire!! Me voilà plongée dedans. merci encore à Françoise et sa bibliothèque magique.

15 novembre: voilà, je quitte Brodeck, à regret tout même, fort marquée par ce chemin parcouru avec lui.

Ma critique:

Voilà un livre dont on m'a parlé et reparlé. J'aime bien Claudel, j'avais lu avec intensité Les Ames grises. Avec beaucoup d'émotion Trois petites histoires de jouets et La petite fille de Monsieur Linh. Et voilà Brodeck, annoncé dès la rentrée littéraire comme un possible Goncourt. Finalement, il aura eu celui des Lycéens, un grand prix à mes yeux!

Donc je l'attendais ce roman et je me suis plongée dedans. Tout en sachant que ce serait difficile, que Claudel m'embarquait là dans une histoire dure. Eprouvante.

Brodeck est un rescapé. Après le déferlement de la folie sanguinaire, il revient, vivant - alors que son nom figure déjà sur le monument aux morts - dans son village, parmi ces hommes qu'il connaît depuis toujours, ceux-là même qui l'ont dénoncé pour se sauver. Il revient, vivant, porté par son amour pour Emelia. Et la vie reprend son cours entre Fédorine, Emelia étrangement silencieuse et la petite Poupchette. Une vie tranquille au milieu de la nature. Jusqu'à l'arrivée de l'Anderer. Et cet homme, ses manières, ses mystères vont à nouveau faire resortir le pire de ces hommes que Brodeck côtoie. Après l'assassinat de l'Anderer, voilà notre personnage sommé d'écrire, écrire pour témoigner mais aussi pour partager la faute. Ecrire pour libérer les autres. Et le rapport qu'il dresse alors fait voyager le lecteur dans le passé de Brodeck, ce chien de Brodeck au camp, mais aussi le Brodeck étudiant insouciant, découvrant son amour pour Emelia, Brodeck qui revient alors qu'on ne l'attendait plus. Un voyage fait de portraits d'hommes aussi: ces hommes pleins de peur et de honte, mais plus forts dans la foule anonyme, se cachant derrière l'autre pour commettre le pire.

C'est un roman remuant que nous livre là Claudel, fort et beau. Et une vraie porte ouverte au questionnement. S'il est vrai qu'il se présente comme une parabole, puisque l'auteur a choisi de ne pas citer de lieu réel, mais d'évoquer des événements intemporels - malheureusement. Une horreur éternelle: la peur de l'Autre, la haine de l'autre. Quelle que soit sa forme.

Et puis il y a cette fin, imprévisible et toujours mystérieuse. Se pourrait-il que Brodeck n'existe pas? Emelia, Poupchette et Fédorine ont-elle vraiment survécu, elles si légères? et ce village qui disparaît ... comme si rien n'avait jamais existé à cet endroit? 

Un roman fort, dont on sort plein de questions, plein d'incertitudes. ET elles sont à préférer de loin aux certitudes de ces hommes du village.

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Bernard-Henri Lévy, Ce grand cadavre à la renverse

bhlDes années que je n'avais plus été tentée par un livre de BHL. Je vous en reparlerai, pas de doute.
Quelques semaines plus tard...
Je ne suis pas une grande lectrice d'essais, ce n'est pas un grand mal à mes yeux, mais bon, j'en suis consciente. Voilà des lectures qui ne m'offrent pas cet ailleurs humain qui me fascine dans les romans. Donc, là, un nouveau défi, je m'étais mise à lire un essai!  Bien sûr, BHL n'est pas, loin s'en faut, l'essayiste le plus hermétique... et c'est un plus pour moi. J'ai commencé ce livre avec plaisir: une conversation truculente entre Sarkozy et Lévy autour de ce qui les rapproche et ce qui les éloigne. Enfin, surtout le premier essayant d'arracher au second une preuve officielle et surtout publique de ralliement... Très amusant: c'est là qu'on se souvient que cet auteur est aussi celui du Diable en tête, un souvenir de lecture impérissable. J'avais 17 ans, mais les sentiments éprouvés lors de cette lecture sont encore bien vifs (un vrai grand livre).

Je lis donc cet essai, au cours duquel Bernard-Henri Lévy se penche sur ce qui le sépare à tout jamais d'un Sarkozy, ce qui fait que, malgré ce que celle-ci est devenue aujourd'hui, il votera toujours pour la gauche.
Et première question, question fondatrice: qu'est-ce que la gauche, sa gauche? Est-elle, comme l'affirme Sartrepréfaçant Aden Arabie, de Paul Nizan, "Ce grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis. Elle pue, cette charogne... "?

Et l'auteur de passer en revue les « scènes primitives » de son appartenance à la gauche, celles qui fondent son choix. La lutte contre Vichy et ses « crimes sans excuses »; la guerre d'Algérie et le refus définitif de considérer un tant soit peu le colonialisme comme oeuvre de civilisation; le devoir de mémoire; son refus de l'idée actuelle d'« en finir avec la repentance »; Mai 68, cet « événement heureux », et son esprit et, événement fondateur dela  gauche des droits de l'homme, l'affaire Dreyfus.
"Est-ce qu'être de gauche, en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas, là aussi, essayer de penser tout cela à la fois ? Anticolonialisme et antitotalitarisme. Crimes du FLN et crimes de l'OAS. Les crimes des autres, d'accord, mais aussi les nôtres et, déjà, ceux de nos aînés. C'est à cela, en tout cas, que je m'efforce dans ce livre." 'Nouvel Obs, 4/10/07 - Débat avec A. Finkelkraut)

Difficile de refuser ces images, difficile de nier leur importance - même si certains le font... Mais par la suite, j'avoue avoir plus de mal à suivre Lévy. Qu'il dénonce les nouvelles dérives de la gauche, soit. Une fois dépassée la tentation "communiste", celle-ci verserait vers l'autre extrême: antiaméricanisme, antisémitisme ou « fascislamisme », néonationalisme antieuropéen, différentialisme, voilà pour Bernard-henri Lévy les ennemis, tous, sans oublier le «bourdieudonnisme». ces chapitres-là sont intéressants, quoique je ne partage pas toujours - et c'est peu de le dire - l'avis de l'auteur.

D'autant que pour lui, la gauche n'a, à aucun moment, de rôle social à jouer. Exit donc les grandes luttes sociales. Pour BHL, l'économie n'existe pas, tout est politique. Soit. Mais nier en quelques mots les nombreuses  luttes pour l'amélioration des conditions de vie des hommes, luttes pour moi tout aussi fondatrices de la gauche, c'est fonder une gauche dans laquelle je ne peux tout à fait me reconnaître.

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Jorn Riel, la vierge froide et autres racontars

rielVoici la lecture à venir du club_des_bloggueuses pour le 1er janvier.

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Anita Nair, Compartiment pour dames

anita_nair

Akhila prend le train. Pour la première fois depuis des années, elle pose un geste mû par sa seule envie. Fille aînée, elle a,  depuis la mort du père, vécu exclusivement pour sa famille. A 45 ans, elle ne peut s’empêcher de désirer une autre vie. De vouloir vivre pour elle. Vivre seule et prendre son destin en mains.

Mais que diront ses frères et sa sœur ? Que diront les membres de sa caste ? Akhila ne peut s’empêcher d’avoir peur. Une femme n’a-t-elle pas besoin d’un homme pour vivre ?

Dans son compartiment, cinq femmes, qui vont tour à tour se livrer, répondant à ses interrogations, à ses peurs. Six portraits de femmes indiennes, marquées par l’omniprésence de l’homme et l’image inculquée de la femme fragile.

Ces dialogues chuchotés, volés, ces confidences seront le moteur ultime d’Akhila, reconnaissant en chacune d’elles une part d’elle-même, écrasée par le joug masculin.

C’est un roman agréable à lire, qui berce le lecteur au rythme de ce train de nuit. Dans ce compartiment pour dames, vestige d’une ségrégation sexuelle omniprésente dans le roman, j’ai découvert des destins différents, mais unis dans cette soumission au mâle. Toutes, elles mettent en lumière la difficulté à être femme avant d’être épouse ou mère. L’impossibilité dans cette société hiérarchisée de se construire d’abord comme être à part entière. Mais ensemble, au-delà du panorama effrayant de la société indienne, ces six femmes donnent aussi à voir une étincelle, dont Akhila reprend le flambeau. La fin de ce roman est une vraie bouffée après le dernier portrait sombre et écrasant.

Instructif et bien écrit, ce plaidoyer pour la liberté féminine est une belle découverte dont je remercie les membres du club de lecture des blogueuses.

club_des_bloggueuses

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