01 novembre 2007
Bernard-Henri Lévy, Ce grand cadavre à la renverse
Des années que je n'avais plus été tentée par un livre de BHL. Je vous en reparlerai, pas de doute.
Quelques semaines plus tard...
Je ne suis pas une grande lectrice d'essais, ce n'est pas un grand mal à mes yeux, mais bon, j'en suis consciente. Voilà des lectures qui ne m'offrent pas cet ailleurs humain qui me fascine dans les romans. Donc, là, un nouveau défi, je m'étais mise à lire un essai! Bien sûr, BHL n'est pas, loin s'en faut, l'essayiste le plus hermétique... et c'est un plus pour moi. J'ai commencé ce livre avec plaisir: une conversation truculente entre Sarkozy et Lévy autour de ce qui les rapproche et ce qui les éloigne. Enfin, surtout le premier essayant d'arracher au second une preuve officielle et surtout publique de ralliement... Très amusant: c'est là qu'on se souvient que cet auteur est aussi celui du Diable en tête, un souvenir de lecture impérissable. J'avais 17 ans, mais les sentiments éprouvés lors de cette lecture sont encore bien vifs (un vrai grand livre).
Je lis donc cet essai, au cours duquel Bernard-Henri Lévy se penche sur ce qui le sépare à tout jamais d'un Sarkozy, ce qui fait que, malgré ce que celle-ci est devenue aujourd'hui, il votera toujours pour la gauche.
Et première question, question fondatrice: qu'est-ce que la gauche, sa gauche? Est-elle, comme l'affirme Sartrepréfaçant Aden Arabie, de Paul Nizan, "Ce grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis. Elle pue, cette charogne... "?
Et l'auteur de passer en revue les « scènes primitives » de son appartenance à la gauche, celles qui fondent son choix. La lutte contre Vichy et ses « crimes sans excuses »; la guerre d'Algérie et le refus définitif de considérer un tant soit peu le colonialisme comme oeuvre de civilisation; le devoir de mémoire; son refus de l'idée actuelle d'« en finir avec la repentance »; Mai 68, cet « événement heureux », et son esprit et, événement fondateur dela gauche des droits de l'homme, l'affaire Dreyfus.
"Est-ce qu'être de gauche, en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas, là aussi, essayer de penser tout cela à la fois ? Anticolonialisme et antitotalitarisme. Crimes du FLN et crimes de l'OAS. Les crimes des autres, d'accord, mais aussi les nôtres et, déjà, ceux de nos aînés. C'est à cela, en tout cas, que je m'efforce dans ce livre." 'Nouvel Obs, 4/10/07 - Débat avec A. Finkelkraut)
Difficile de refuser ces images, difficile de nier leur importance - même si certains le font... Mais par la suite, j'avoue avoir plus de mal à suivre Lévy. Qu'il dénonce les nouvelles dérives de la gauche, soit. Une fois dépassée la tentation "communiste", celle-ci verserait vers l'autre extrême: antiaméricanisme, antisémitisme ou « fascislamisme », néonationalisme antieuropéen, différentialisme, voilà pour Bernard-henri Lévy les ennemis, tous, sans oublier le «bourdieudonnisme». ces chapitres-là sont intéressants, quoique je ne partage pas toujours - et c'est peu de le dire - l'avis de l'auteur.
D'autant que pour lui, la gauche n'a, à aucun moment, de rôle social à jouer. Exit donc les grandes luttes sociales. Pour BHL, l'économie n'existe pas, tout est politique. Soit. Mais nier en quelques mots les nombreuses luttes pour l'amélioration des conditions de vie des hommes, luttes pour moi tout aussi fondatrices de la gauche, c'est fonder une gauche dans laquelle je ne peux tout à fait me reconnaître.
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