Les lectures de Sole

Recueil de notes sur mes rencontres littéraires, un roman, un essai, peu importe, seul compte le plaisir des moments partagés avec ces mondes merveilleux et troubles.

31 août 2007

Laurent Gaudé, Dans la nuit Mozambique

Je n'ai pas encore fini ce livre, je le fais durer, contrairement à mes habitudes de lectrice. Mais il en vaut la peine.

20 août:

Superbe recueil : des récits ramassés, rapides, dont certains très forts. Les thèmes sont ceux que l’on retrouve chez Gaudé : la solitude, le deuil, et surtout l’Autre.

Le premier récit est une sorte de fable coup de poing : des marins négriers. Des esclaves qui s'enfuient d'un bateau de trafiquant revenu enterrer en Bretagne son capitaine. Et la chasse à l’homme commence. Ces passages m’ont choquée, j’ai été prise aux tripes par cette course effrénée où les hommes deviennent des bêtes assoiffées de sang. Un rythme insoutenable qui ne fait jamais oublier l’horreur décrite, des phrases saccadées, des mots qui se fraient un chemin pour dire l’inhumain qui se tapit en nous.

La deuxième nouvelle est la plus belle. Elle m’a poursuivie depuis que je l’ai lue, s’immisçant dans mes lectures au point de me donner l’illusion que j’allais y retrouver les personnages. La première scène a été particulièrement douloureuse pour moi.

Un vieux New-Yorkais sort de chez lui pour apprécier sa ville, ses lumières, son odeur. Et il se fait tabasser par une bande de voyous. Quelque chose émerge en lui : un souvenir, un nom d’abord : le Gramercy Park hôtel. Puis Ella, son Ella, oublié, enfouie sous sa culpabilité.

Quel beau texte, petit bijou d’amour triste, de souvenirs blessés. Mais jamais de mièvrerie. C’est touchant sans sensiblerie.

coeur

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20 août 2007

M. J. Hyland, Dans tes yeux

Enfin, je viens de le louer, youpi.

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19 août 2007

Nicole Krauss, L'histoire de l'amour

kraussCe roman s'organise aurour de trois personnages, trois récits, trois vies. Léo d'abord. Léo Gursky vit à New-York, il est vieux et vit seul. Il a perdu son amour. Seul en reste un fils, qui ignore son existence, et dont Léo suit la vie par médias interposés. Ensuite, on rencontre Alma, elle a quatorze ans, son père est mort sept ans plus tôt. Elle cherche à surmonter cette douleur, mais surtout à permettre à sa mère d'en faire de même.  Dans un troisième récit, on suit, des années auparavant, Zvi Litvinosk, un émigré polonais au Chili. Pour l'amour d'une femme, il compose un livre : "L'histoire de l'amour", ode à Alma, la femme parmi les femmes.
Ces trois histoires, liées, soudées par la grâce de ce livre unique, vont au cours de l'histoire se rapprocher, s'éloigner, pour finir, grâce à la persévérance d'Alma, par se retrouver pour de bon.

Dès le départ, le personnage de Léo touche, par sa faiblesse et sa force conjuguées, sa solitude assumée aussi, mais Alma émeut par sa naïveté tranquille, cette certitude ancrée en elle que tout peut devenir réalité. Cette conviction dont nous rêvons tous un jour ... Ces trois histoires, fort éloignées au départ, se rejoignent lentement et finissent par ne former qu'une aventure, celle de ce livre si bien nommé.
J'ai aimé ce roamn, sa lecture m'a enrichie, sans doute aucun, mais je regrette que la complexité d ela construction m'ait parfois tenue à l'écart des personnages, particulièrement de Zvi dont le peu de consistance m'a parfois bloquée.

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17 août 2007

Pierre Coran, L'éphélide

CoranStéphane, le jeune héros, est sur le point de passer le bac. Son quotidien s'organise autour de cet enjeu et de sa famille: entre sa mère et la soeur jumelle de celle-ci, Aurélie et Aurélia, figures féminines omniprésentes, contrairement au père en retrait. Un hasard de la vie l'amène à rencontrer son oncle, séparé de sa tante depuis sa naissance. Cette rencontre est précieuse pour Stéphane, elle l'amène aussi, avec sa cousine à découvrir un cahier bleu, le journal secret d'Aurélia. Il prend conscience que beaucoup de mystères subsistent de cette époque qu'aucun adulte n'évoque jamais.

Voici un beau roman jeunesse, sensible, sur la difficile relation entre les jumeaux, mais surtout sur la difficulté à vivre avec eux, à côté de ce couple soudé.Pour Aurélia se pose aussi cette question: est-on quelqu'un sans son double?
Les personnages sont pleins, on n'a aucune peine à croire en eux, en leurs épreuves et leurs douleurs. Il plane autour d'eux un mystère, une ambiance faite de silences parfois lourds. Le secret de famille, thème trop traité, est amené de façon naturelle : Coran ne verse pas dans la mièvrerie. Ouf. Sans oublier de belles images, des phrases à la belle mélodie, particulièrement autour de la grossesse d'Aurélia.

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14 août 2007

Batya Gour, Le meurtre du samedi matin

batya_gourEva Neidorf, grande psychanalyste, membre éminente du prestigieux Institut de psychanalyse de Jérusalem, est retrouvée assassinée alors qu’elle s’apprêtait à donner en ce lieu une conférence. Le texte de celle-ci est introuvable : y aurait-il là un lien ? Aucune trace d’effraction : la victime connaissait-elle son assassin ?

Entre alors en scène Michaël Ohayon, commissaire à la criminelle, qui va mener une enquête dans les méandres du monde de la psychanalyse, ou plutôt des psychanalystes.

Voilà un bon polar, dont le personnage principal m’a beaucoup plu. Bien sûr, comme tous les policiers de papier, Ohayon présente une vie personnelle compliquée. Mais au moins il n’est pas névrosé ni blasé. Au contraire, passer ce moment avec lui fut très agréable et m’a donné envie de le retrouver. En outre, j’ai découvert une ville, Jérusalem, tout aussi complexe que la pensée des psychanalystes, un vrai dédale de ruelles et de quartiers s’imbriquant les uns dans les autres.

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10 août 2007

Henning Mankell, Tea-Bag

mankell_teabagUn très grand roman. A lire.coeur

Le roman s’ouvre sur l’arrivée dans un camp pour réfugiés d’une jeune Nigériane. Elle fuit la mort dans son pays et y échappe de peu en Méditerranée. Et la voilà prisonnière. En prison alors qu’elle n’a commis aucun crime.

Jesper Humlin est poète, il revient de vacances, surveille son bronzage et ses actions en bourse, évite sa petite amie et sa mère, leurs exigences et récriminations. Il tente aussi de mener sa barque face à un agent qui veut lui faire écrire un polar, ce genre à la mode auquel tout le monde s’essaie (beau clin d’œil de Mankell).

Les hasards de l’existence vont alors placer sur sa route la jeune Nigériane, qui a traversé l’Europe à pied et se fait appeler Tea-bag. Mais aussi Tania et Leïla. Toutes ont un passé douloureux, toutes font partie d’une autre Suède que Jesper ne connaît pas, dont il a à peine entendu parler aux informations. Une Suède clandestine qui vit à côté de lui, qui s’efforce de survivre.

L’histoire que chacune des héroïnes lui raconte au cours du roman (celle de Tea-Bag fut un moment fort de ma lecture) viendra confirmer son aveuglement. Mais ces trois filles sont loin d’être des victimes, comme elles le prouvent à un Jesper nombriliste et toujours obnubilé par ses intérêts.

Ce roman est sublime. Je suis particulièrement attirée par le sujet des sans-papiers. J’avais déjà lu Eldorado de Laurent Gaudé qui m’avait plu. Mais ceci est beaucoup plus fort. En effet, là où Gaudé nous laissait parfois une impression de flottement, Mankell réussit un roman qui allie tragédie et comédie, qui fait passer du rire aux larmes.

J’ai aimé l’auto-dérision dont fait preuve l’auteur en parlant de roman policier, j’ai adoré le clash entre cet intellectuel européen pris par ses petites préoccupations minables et la tragédie vécue par ces jeunes filles. La construction du roman qui alterne entre ces deux mondes permet au lecteur de se retourner sur lui. Faisons-nous, de notre côté, autre chose que Jesper ?

J’aimais les polars de Mankell, mais là je suis conquise : je ne peux que conseiller ce roman fort.

Vous pouvez lire les avis d'Allie et de BMR et MAM.

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08 août 2007

Jean-Baptiste Baronian, Quatuor X

baronianRubens est détective privé, blasé, la cinquantaine, pas vraiment l’enquêteur brillant des romans policiers. Il se trouve chargé d’un boulot par un producteur spécialisé dans les films X : retrouver sa fille. Et dès les premières démarches, il tombe sur un cadavre. Et la police ensuite: ouïlle.

Son enquête plonge alors dans les milieux du X et tend, par des coïncidences trop nombreuses, à le replonger dans son passé.

Le roman se passe à Bruxelles, et pour une lectrice bruxelloise comme moi c’est agréable, assez inhabituel pour le noter. Mais c’est un Bruxelles glauque et brumeux que nous dépeint ici Baronian. Qui plus est en hiver ! En plus, l'intrigue est fort compliquée, on s'y perd parfois tant les événements s'enchaînent. Et une masse démesurée de coïncidences, une résolution si rapide que j'ai dû la relire...

Il m'en reste un goût de trop peu.

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Harlan Coben, Promets-moi

coben_promets_moiSix ans que Miron Bolitar avait disparu, du moins pour ses fans francophones! et c'est un réel plaisir de le retrouver.

Alors on retrouve Myron, toujours agent sportif, mais aussi agent de "stars". Il vit bien, on se rend compte que sa relation avec Jessica s'est achevée et qu'il entretient un début de liaison avec une jeune veuve mère de famille. Ses parents sont partis couler une retraite sereine au soleil. Tout va pour le mieux... Mais, lors d’une soirée chez lui, après avoir surpris les filles de ses invités évoquer des amis saouls au volant, Myron leur fait promettre de ne jamais monter avec un chauffeur ivre. Il va plus loin : il promet à Aimee, la fille d’un de ses grandes amies, qu’il a vue grandir, d’être là pour elle n’importe quand et n’ importe où pour lui servir de chauffeur.

Elle ne tarde pas à l’appeler et Myron agit, conformément à sa promesse, sans rien lui demander. Il la reconduit chez une amie.

Et Aimee disparaît : il est le dernier à l’avoir vue.

Il doit alors mener sa propre enquête, tant pour la retrouver et la ramener à ses parents que pour prouver son innocence.

On retrouve dans ce roman tout ce qui fait l’univers des enquêtes de Myron Bolitar : Win, Esperanza, la grosse Cindy et même Jessica. Mais pas le milieu du sport ici, comme Harlan Coben nous y avait habitués précédemment. Ici, l’action se passe dans le quartier où vit Myron, revenu vivre dans sa banlieue natale. Un quartier américain moyen, un lycée bien fréquenté, des adolescents largement perturbés par le système des admissions à l’université. Certains prêts à tout pour accéder au meilleur établissement.

Beaucoup de rebondissements - parfois un peu trop – au point que l’action s’emmêle, les pistes se brouillent.  Un honnête épisode  en fait, qui se lit vite, sans vrai souvenir.

Mais un regret tout de même : Harlan Coben évoque des événements, des épisodes de la vie de Myron qui me sont inconnus, alors que j’ai lu tous les romans parus en français.

Enfin, je conseille "Ne le dis à personne", l'adaptation au cinéma -très réussie- de Guillaume Canet. un vrai bon roman noir. Une transposition française extrêmement bien réussie.

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07 août 2007

Ketil Bjornstad, La société des jeunes pianistes

bjornstadNous sommes dans les années 60. Aksel perd sa maman. Suicide ou accident? Perdu, le jeune garçon décide de tout arrêter pour se consacrer à la musique, dont il partageait la passion avec sa mère. Il s'enferme chez lui, se ferme à tous et prépare le concours Jeune Maestro, dont ils avaient rêvé ensemble. Sûr de gagner, confortés en ce sens par les autres candidats, Aksel est plus qu'étonné de l'apparition, dans leur petit groupe intime de futurs pianistes, d'une inconnue, mais qui le fascine déjà: Anja Skoop.

C'est un beau roman de formation; Aksel est un personnage auquel on s'attache, tout comme Rebecca malgré ses poses. Ils semblent, dans ce monde exigeant de la musique, si fragiles, cette impression étant accentuée chez Aksel par sa solitude voulue et recherchée. L'amour inconditionnel qu'ils éprouvent pour la musique, leur dévotion à cet art, leurs doutes et douleurs rend ces jeunes touchants. Si frêles, parfois bien mal armés pour cet univers cruel des musiciens professionnels.

C'est un très beau roman, à l'écriture prenante. Aucune mièvrerie ici, une certaine distance même mais qui n'empêche pas l'émotion de nous prendre. Et une façon de parler de la musique!

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03 août 2007

Evelyne Wilwerth, 16-1=14

Une Classe de 4ème de Stavelot remprte un coucours littéraire et gagne un séjour à Montréal. Dès leur arrivée, ce qui pour ces jeunes devait être un moment de joie et de plaisirs prend des allures de drame. Airelle, une des élèves, disparaît et son mailleur ami part aussitôt à sa recherche.

Ce roman commence agréablement, sur une tonalité amusante. Mais il n'a pas tenu ses promesses. En effet, le thème du secret de famille, chouchou des romans ado, est ici présenté de façon un peu trop gnan gnan. Ou alors plutôt pour des lecteurs plus jeunes que les héros...

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