Les lectures de Sole

Recueil de notes sur mes rencontres littéraires, un roman, un essai, peu importe, seul compte le plaisir des moments partagés avec ces mondes merveilleux et troubles.

01 mai 2007

Lionel Shriver, Il faut qu'on parle de Kevin

shriverD'habitude, j'évite les sujets trop accrocheurs, d'actualité "Paris-match". Il est vrai qu'à la lecture du thème de ce roman, on pourrait croire que j'ai renié ces bonnes habitudes. Détrompez-vous.  Si ce roman évoque bien la vague des tueries et autres sinistres massacres dans les lycées aux Etats-Unis, il n'est pas un livre de plus sur les faits. Loin de là.

La narratrice, Eva, écrit à son mari de longues lettres sur son fils qu'elle va voir un samedi sur deux au parloir de sa prison pour mineurs. Kevin Katchadourian y est emprisonné depuis le JEUDI, ce jour fatal pour Eva, sa famille et les neuf personnes que son fils a tuées dans le gymnase de son lycée. Ce fils auquel elle continue à rendre visite, ce fils qui n'avait pas encore seize ans ce JEUDI.

Au long de cette correspondance, elle revient sur sa vie, avant son fils, son amour pour son mari, son travail, les Etats-Unis et leur modèle de société. Et lorsque ce mari qu'elle aime tant désire un fils naît Kevin. Après sa naissance, elle parcourt les années d'enfance de Kevin, puis son adolescence, à la recherche d'une réponse, ou d'une bribe au moins: qu'est-ce qui a pu pousser un enfant à devenir ce monstre, à commettre un acte aussi ignoble? Est-elle responsable, comme a tenté de le prouver la justice?

C'est un roman fort, coup de poing, ça c'est sûr. Dont je ne suis pas sortie tout de suite, continuant à me poser des questions sur nos choix éducatifs, mais aussi sur l'évolution de nos sociétés, puisque l'auteur critique la société américaine où le moindre écart par rapport à la norme vous fait passer pour un déviant, où la justice prend en charge la responsabilité des citoyens; où la liberté érigée en divinité et la sacro-sainte réussite effacent toute curiosité, toute réflexion.

D'un autre côté, je suis d'accord pour dire que ce n'est pas par son écriture que ce roman vous happera... Mais il arrive que la force de l'histoire, de sa construction et de sa chute puissent compenser.
C'est le moins qu'on puisse dire pour "Il faut qu'on parle de Kevin"

Posté par solsol à 17:32 - Romans anglo-saxons - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je suis contente que tu aies aimé ce livre que je t'avais conseillé. En effet, c'est un livre dont on ne sort pas une fois la lecture terminée, et il m'a personnellement poursuivie longuement. J'ai été partagée entre compassion et dégoût par rapport au personnage d'Eva, mère indigne ou juste dépassée par la cruauté de son fils? Je ne sais toujours pas... Quant à l'impassibilité de Kévin, cette sorte d'absence de sentiments, j'en suis encore bouleversée. 10/10 pour ce roman poignant...

Posté par Sev, 29 juin 2007 à 17:44

Merci pour ce conseil Sev. Roman fort dont les interrogations nous poursuivent. Kevin est-il vraiment dénué de sentiment? La fin donne plus qu'à penser.

Posté par solsol, 10 octobre 2007 à 21:18

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