21 mars 2007
Jonathan Littell, Les Bienveillantes
ça y est, je me suis lancée! Plus de six mois que je l'ai reçu (merci les amies) et puis il est resté là, à côté de mon lit, attendant que vienne le moment.
Je suis déjà perplexe face à ce personnage, à la fois répugnée par sa dureté et son cynisme, mais aussi parfois sensible à sa difficulté à être homme, à accepter son corps. Son amour de la musique aussi le rend plus humain, le sacrifice de sa mère rendu inutile par la barrière des gammes... mais ce n'est que le début et j'avoue qu'il me glace souvent les sangs.
9 avril: Ce n'est pas un roman de promenade, c'est le moins qu'on puisse dire, il me faut parfois du temps pour assimiler certaines données, mais ça vient, patiemment. Je suis le Dr Aue dans sa traversée, accompagnant la percée du front de l'Este en Ukraine. Il faut dire que mon manque total de repères géographiques ne m'aide pas non plus... Et puis, revient constamment, froidement l'évocation des Aktions, accompagnée, bien plus longuement, d'une réflexion sur le moyen de les rendre plus performantes.
1er mai: je continue, me familiarisant avec ce drôle de personnage, avec lequel je partage, contre mon gré, certaines réflexions, mais qui, par ailleurs, me hérisse plus qu'à son tour. Dans le Caucase maintenant, avec un front de plus en plus étendu et l'évocation répétée de la très mauvaise gestion des territoires envahis par des personnages de pouvoir, placés là par intérêt.
Je n'avance pas très vite - un peu plus depuis que je me suis résolue à prendre le livre dans mon sac tous les jours - parce que je ressens le besoin parfois de sortir de cette ambiance: le tête à tête avec ce personnage me saoûle parfois.
11 mai: ça m'a fait bizarre, il ya quelques jours - le 8 pour tout vous dire - de me retrouver, aux côtés d'un oberstum... du Sd, en plein Stalingrad. J'avance donc. Le Kessel, piège de la 6ème armée et Stalingrad dans laquelle Maximilien se sent pris au piège. Le bourbier, l'horreur de la guerre à l'état pur, avec en fond une drôle d'ambiance, comme une communication entre ennemis. Mais surtout glauque, horrible: morts de faim et de froid viennent s'ajouter aux morts plus classiques.
20 mai: que ce roman est dérangeant et prennant à la fois. Là, je suis revenue à Berlin, après un crochet par la France et ses collaborateurs. Le personnages fréquente les hautes sphères en les personnes d'Eichmann, Speer et Himmler. Mais je croise aussi Kaltenbrunner et d'autres personnalités du 3ème Reich. Max s'occupe de rendre plus efficace la main-d'oeuvre forcée mais se voit constamment confronté à une nécessité impérieuse, incarnée par Eichmann, celle de la purification raciale. La concurrence entre les intérêts économiques, portés par Speer, et ceux de la solution finale est plus qu'intéressante et mon image d'Epinal d'un Reich hyper centralisé, tenu de main de fer par un dictateur est largement ébranlée. Chacun, à son niveau de pouvoir, tire dans un sens, tentant de sauver ses propres intérêts, ses petites préoccupations: c'est tellement humain! tellement loin de ce masque de froideur administrative hyper efficace. D'autant que pour le moment, côté efficacité, ça se corse: Berlin est constamment bombardée et les défaites se multiplient.
Et puis il y a la mère de Maximilien. tellement étrange ce passage. Mais tellement plausible...
Et me revoilà sur les routes, direction la Hongrie.
fin mai: voilà c'est fini, je fais mes adieux à Maximilien Aue. Au final, je suis très heureuse d'avoir lu ce roman qui m'a plongée dans une atmosphère dense, oppréssante souvent, jamais ennuyeuse. Je conserve le souvenir d'un personnage complexe et déstabilisé. J'aurais aimé en savoir davantage sur sa soeur, ces fameux jumeaux sur lesquels j'ai des soupçons ...
Un roman qui vaut la peine, rien à dire. pas tellement pour son écriture, très classique finalement, mais pour l'histoire et l'Histoire. On ne peut pas tout demander non plus!
Commentaires
Heureuse que le cadeau te plaise!
Merci à toi, merci à vous toutes.
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